Sur le silence (extrait des discours ascétiques)

Plus que toutes chose, aime le silence, car il t’apporte un fruit que la langue est impuissante à décrire. Commençons par nous faire violence pour nous taire, et ensuite de notre silence naîtra en nous quelque chose qui nous amènera au silence. Que Dieu te donne de ressentir ce quelque chose qui naît du silence ! Si tu commences à t’adonner cette pratique, je ne sais combien de lumière se lèvera en toi. On raconte au sujet de l’admirable Arsène, que, lorsque les pères le visitaient et que les frères venaient le voir, il s’asseyait avec eux en gardant le silence, puis les congédiait en silence.
Ne crois pas qu’il agissait ainsi par sa seule volonté, même si au début il devait se faire violence pour cela; mais, au bout de quelque temps, un certain plaisir naît dans le coeur du fait de la pratique de cette manière d’agir, et le corps est amené comme par force à se tenir en silence. De cette pratique naît aussi en nous une abondance de larmes, qui accompagnent le merveilleuse et divine vision de quelque chose que le coeur ressent distinctement. Tantôt en se donnant de la peine, tantôt du fait de son émerveillement, le coeur devient humble et comme un petit enfant, et dès qu’il se met à prier, les larmes jaillissent en abondance.

Grand est l’homme qui, par la patience de ses membres, a acquis d’admirables dispositions habituelles au-dedans de son âme. Si tu places toutes les oeuvres de la vie monastique sur l’un des plateaux d’une balance, et le silence sur l’autre, tu verras que celui-ci pèse davantage. Nombreuses sont les directives des Pères qu’il n’est pas nécessaire qu’un homme suive laborieusement quand il s’approche du silence, et leur pratique lui devient alors superflue; il est au-dessus d’elles, car il est proche de la perfection.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."