Autres grecs

Origène : Commentaires sur Jean I

1. Jésus leur dit : Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham.

Que signifie : « ÊTRE FILS D'ABRAHAM » ?

1. L'accomplir spirituel des œuvres d'Abraham

(Qu'ils s'expliquent) ceux qui, parmi les œuvres d'Abraham, en choisissent une, celle-ci « Abraham crut en Dieu et cela lui fut imputé à justice » et qui pensent que c'est à cela que se rapporte l'injonction « Faites les œuvres d'Abraham », pour qu'on leur concède aussi que la foi est une œuvre, ce que ne concéderaient ni les hommes qui admettent la déclaration « La foi sans les œuvres est morte », ni ceux qui ont entendu qu'il vaut mieux être justifié par la foi que par les œuvres de la loi : qu'ils expliquent donc pourquoi il n'est pas dit « Si vous êtes enfants d'Abraham, faites l'œuvre d'Abraham», au singulier, mais « Faites les œuvres d'Abraham », au pluriel, ce qui est, je pense, l'équivalent de « Faites toutes les œuvres d'Abraham. ». Mais si c'est l'équivalent de « Faites toutes les œuvres d'Abraham » et si l'homme qui a une épouse ne doit pas avoir de rapports charnels avec une servante, si celui qui veut, selon le précepte du Sauveur, être déclaré «enfant d'Abraham », parce qu'il fait les œuvres d'Abraham, ne doit pas prendre une autre femme dans sa vieillesse après la mort de son épouse, nous apprenons clairement, par là aussi, qu'il faut allégoriser toute l'histoire d'Abraham, pour accomplir spirituellement chacune de ses actions, à commencer par celle-ci : « Quitte ta terre, ta parenté et la maison de ton père, pour la terre que je te montrerai », car c'est dit non seulement à Abraham mais aussi à quiconque doit devenir son enfant. Chacun de nous possède, en effet, sa terre, sa parenté, qui, avant la révélation divine, n'est pas bonne, et ce qui est la maison de notre père avant que le Verbe de Dieu ne parvienne jusqu'à nous ; toutes choses qu'il nous faudra dépasser, selon la parole de Dieu, si nous entendons le Sauveur dire : « Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham » : c'est ainsi, en effet, qu'après avoir abandonné notre terre, nous parviendrons à celle que Dieu nous montrera, terre véritablement bonne et réellement vaste, qu'il convient au Seigneur Dieu de donner aux hommes qui exécutent l'ordre renfermé en ces mots : « Quitte ta terre. ». Parce que nous aurons abandonné une parenté qui n'était pas bonne, nous deviendrons un grand peuple, plus grand qu'il n'est possible à des hommes ; et, parce que nous aurons méprisé la maison d'un père non honorable, nous serons bénis, notre nom magnifié, et nous serons bénis à tel point que ceux qui nous béniront, Dieu les bénira, ceux qui nous maudiront seront sous sa malédiction et que toute tribu de la terre sera bénie en nous ; alors, de nous aussi, le Verbe pourra dire : « Il partit », comme il est dit d'Abraham : « Abraham partit, comme le Seigneur le lui avait dit » ; je pense que, au début et pendant un certain temps, Lot nous suivra, ce dont on trouve un signe dans ces mots : « Et Lot s'en alla avec lui » ; une fois parvenus à la terre de Canaan, nous traverserons cette terre jusqu'au territoire de Sichem, progressant ainsi par l'ascension de notre intelligence jusqu'à ce que nous arrivions au « grand chêne».

Et le Seigneur Dieu nous apparaîtra, lui qui apparut à Abraham, et il promettra de donner la terre autour du grand chêne à la semence intelligible de notre âme. A celui qui a l'intelligence de l'ordre « Faites les œuvres d'Abraham », il revient aussi d'édifier un autel au Seigneur qui nous apparaît, à nous aussi, là où se trouve le grand chêne, puis de s'écarter du lieu du grand chêne en direction de la montagne, puis de la montagne vers l'est de Béthel — ce qui se traduit par « maison de Dieu » ; là, il dressera sa tente, avec Béthel du côté de la mer et Haï à l'orient : Haï se traduit par « fêtes ». Grâce aux progrès qu'il fera, un tel homme édifiera plus tard un second autel au Seigneur, car désormais il sera également capable d'invoquer le nom du Seigneur. Après être ensuite parti même de ce lieu-là, le futur enfant d'Abraham, devenu en quelque sorte plus habile dans l'art de la guerre et comprenant quels adversaires il doit se préparer à combattre, campera au désert. Puis il subira l'épreuve de la faim, qui régnera sur la terre, et descendra en Égypte pour y résider de peur que la faim qui pèsera sur la terre ne s'appesantisse aussi sur lui. Il descendra en Égypte avec sa femme au beau visage, après avoir conclu un arrangement avec elle, afin d'être bien traité par les Égyptiens à cause d'elle et d'avoir en Égypte « des moutons, des bœufs, des ânes, des serviteurs et des servantes, des mules et des chameaux ». Mais l'explication de chacun de ces événements serait l'affaire d'un sage, capable de pénétrer en homme avisé dans les profondeurs de l'Écriture et qui scruterait à la fois toute l'histoire d'Abraham et l'ensemble de ce qui est écrit à son sujet et qui a un sens allégorique : c'est ce que nous essaierons de faire spirituellement comme des spirituels. Vois s'il ne ressort pas clairement pour nous de l'examen de tout ce qu'il y a dans ce texte que devenir enfant d'Abraham est l'affaire d'un sage, paré de toute vertu. A quoi bon dire combien est grande la sagesse dont nous avons besoin pour comprendre les œuvres d'Abraham, combien grande la force de les accomplir ? Mais quelle sagesse ou quelle force nous faut-il, si ce n'est le Christ, qui est « force de Dieu et sagesse de Dieu » ?

2. Chacun devient fils de celui dont il accomplit les œuvres

Or notre texte est : « Si vous êtes enfants d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham » ; on pourrait dire, par conséquent, d'après cela : « Si vous êtes enfants d'Isaac, faites les œuvres d'Isaac » et de même pour Jacob et pour chacun des saints patriarches. Et, à l'opposé, chacun des pécheurs est enfant du diable en général, puisque «quiconque commet le péché est né du diable », et, par suite, plus spécialement aussi (enfant) de Caïn, de Cham, de Canaan, de Pharaon, de Nabuchodonosor ou de l'un des impies. Tu diras, par conséquent, qu'en quittant cette vie chacun s'en ira vers ses propres pères ; ce n'est, en effet, pas seulement à Abraham, il faut le croire, mais aussi à tous les hommes qu'est dit, au moment de leur départ, ceci : « Toi, tu t'en iras vers tes pères », et non plus à tous les hommes mais aux seuls saints cela « dans la paix » et aux parfaits, devenus spirituellement chargés de jours, encore cela « ayant vécus dans une belle vieillesse », puisque, pour les hommes, « la prudence tient lieu de cheveux blancs », que la vieillesse est une couronne d'honneur et que la gloire des vieillards véritables et divins, ce sont les cheveux blancs d'ordre intelligible qui les parente.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."