Autres latins

Rufin de Concordia

1. Il est né vers 345 à Concordia, à l'ouest d'Aquilée, dans l'Italie du Nord. D'après ses études à Rome, entre 358 et 368, formation en grammaire et en rhétorique, on peut en déduire que sa famille était de haut rang. De retour à Aquilée, il rejoint une communauté monastique où il est baptisé en 371/372. Peu après, il se rend en Égypte, berceau du monachisme, où il restera huit ans (373-380), visitant les monastères dans le désert. À Alexandrie il fait la connaissance de Mélanie l'Ancienne, femme d'ascèse ; il y fréquente surtout Didyme l'Aveugle et apprend à connaître la théologie d'Origène.

En 381, il fonde un monastère d'hommes sur le mont des Oliviers, à Jérusalem, près du monastère de femmes que Mélanie a fait construire quelques années plus tôt (374 à 378). Pendant ces années, il reste en contact étroit avec les évêques de Jérusalem. Il est ordonné prêtre en 390, par l'évêque Jean. Au moment de la controverse autour d'Origène, en 393, il défend celui-ci aux côtés de son évêque, s'attirant ainsi l'inimitié d'Épiphane et de son ancien ami, Jérôme, qui vit depuis 386 à Bethléem.

En 397, Rufin retourne à Rome où il traduit en latin, après la Règle de Basile, l'Apologie pour Origène de Pamphile et d'Eusèbe, qu'il fait précéder d'une professio fidei personnelle, parfaitement orthodoxe, et suivre du traité De adulteratione librorum Origenis. Le point de vue qu'il y expose est le suivant : Origène a été un docteur orthodoxe de l'Église, les passages de ses ouvrages qui vont en sens contraire n'étant que des adultérations de son texte, dues à des interpolations ultérieures. L'année suivante (398), il traduit le De principiis d'Origène, en modifiant certains passages dans le sens de l'orthodoxie, et en laissant entendre qu'il se place ainsi dans la ligne des traductions d'Origène par Jérôme. Jérôme n'est pas d'accord avec cette vision pro-origénienne que Rufin lui attribue et, en 399, il envoie à Rome sa propre traduction, très littérale et correcte, selon ses propres termes, avec une lettre d'accompagnement très polémique (Epistula 84). Rufin, qui s'est installé à Aquilée, se défend (fin 400) avec une Apologie à Anastase, l'évêque de Rome, suivie, en 401, des deux livres de l'Apologie contre Jérôme. Rufin ne réagira pas à la réponse tranchante que lui fait Jérôme dans l' Apologia adversus libros Rufini (401/ 402).

Rufin passera le reste de son existence terrestre à réaliser d'autres traductions : ouvrages d'Origène, surtout (Homélies sur Josué, sur les Juges et les Psaumes 36-38, sur la Genèse, l'Exode et le Lévitique, les Commentaires de la lettre aux Romains et du Cantique des cantiques, les Homélies sur les Nombres), ainsi que l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, qu'il prolonge jusqu'à la fin du règne de Théodose le Grand.
Lors de l'invasion des Goths, Rufin fuit d'abord à Rome en 406, puis dans un couvent près de Terracine, où il rédige, pendant le carême 408, son ouvrage personnel le plus important, le De benedictionibus patriarcharum. Après la conquête de Rome, en 410, il se réfugie en Sicile, où il meurt, à Messine, entre octobre 411 et le printemps 412. Dans son activité de traducteur, Rufin entendait d'abord offrir à ses contemporains les outils nécessaires pour maîtriser les problèmes du temps présent, en puisant dans l'héritage culturel et théologique grec, devenu quasiment inaccessible, la langue étant de moins en moins connue. Il ne faut pas perdre de vue cet objectif qui est le sien, notamment quand il s'agit de ses traductions d'Origène où il reconnaît et justifie lui-même les modifications qu'il apporte au texte. En effet, les traductions parallèles de Jérôme sont perdues et ne peuvent donc pas nous servir de comparaison. Il reste par conséquent le principal témoin de la théologie d'Origène.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."