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Athanase d'Alexandrie : sa vie

1. Sa vie est un véritable roman d'aventure et une succession d'exils, de condamnations et de réhabilitations en fonction de la politique religieuse des souverains. On ne connaît rien de précis sur l'enfance et la jeunesse d'Athanase, sinon qu'il serait né de parents chrétiens d'origine grecque vers 295, mais cette date n'est pas certaine. Il reçoit en tout cas un nom grec : l'immortel. Il lit la Bible et les auteurs grecs, Homère et Platon.
Rufin rapporte dans son Histoire de l'Église (X, 15) que l'évêque Alexandre aurait fait la connaissance d'Athanase enfant sur la plage. Il aurait attiré son attention parce qu'il jouait au « baptême » avec ses camarades, lui-même jouant le rôle de l'évêque. Alexandre s'y intéressa de plus près et ayant constaté qu'Athanase avait accompli exactement les rites, il aurait reconnu la validité du baptême ! Après en avoir discuté avec les parents, il confia Athanase aux prêtres pour qu'ils l'éduquent, si bien qu'il grandit « comme Samuel au Temple ». Faut-il, ou non, reléguer cette histoire au rayon des pieuses légendes ?

Toujours est-il qu'il commence par être lecteur avant que son évêque, Alexandre, l'ordonne diacre et le choisisse comme secrétaire. Athanase participe de ce fait avec son évèque au concile de Nicée dont il sera toute sa vie un ardent défenseur, contre les ariens. Alexandre meurt le 17 avril 328.

Mais le schisme mélitien n'était toujours pas terminé. Alexandre n'avait pas appliqué les règles édictées par Nicée pour la réintégration des adeptes de Mélèce, si bien qu'une petite majorité des évêques d'Égypte ne reconnaissait pas son autorité de métropolite. Le danger était grand, dès lors, d'un choix tout à fait légal d'un évêque de ce parti, si bien que quelques-uns des évêques dévoués à Alexandre choisirent en toute hâte Athanase pour lui succéder et le consacrèrent le 8 juin 328. Ce faisant, ils n'avaient pas respecté toutes les directives du canon 4 du concile de Nicée : dans leur crainte d'un autre résultat, ils n'avaient pas demandé l'avis écrit des absents qui avaient droit de vote. Les adversaires d'Athanase le lui reprocheront par la suite. Mais l'empereur Constantin, à qui Athanase fit immédiatement part de son élection, ayant exprimé son assentiment dans une lettre de félicitations à la communauté d'Alexandrie, la plupart des évêques égyptiens se déclarèrent prêts à reconnaître Athanase.

Peu après sa consécration épiscopale (330-334), Athanase entreprit des visites à travers son diocèse pour s'assurer le soutien de son clergé et surtout pour intégrer le monachisme dans l'Église, il rencontre Pachôme, qui vint à sa rencontre avec ses moines à Tabenne. Toujours proche du monachisme égyptien, il consacra évêques des moines et trouvera souvent appui et refuge dans les monastères.

Premier exil sous Constantin

Peu après les difficultés commencent pour Athanase. S'étant opposé fermement aux efforts de l'empereur Constantin en vue d'une réconciliation avec les ariens, les partisans de Mélèce, qui avaient institué un évêque rival, s'allièrent au parti arien autour d'Eusèbe de Nicomédie et cherchèrent à faire destituer Athanase en l'impliquant dans des procès criminels. Les deux tentatives en vue de le faire condamner, pour crime de lèse-majesté (331/332) et pour assassinat (332/333), échouèrent, notamment parce qu'Athanase réussit à découvrir dans sa cachette Arsène, l'évêque mélitien soi-disant assassiné. Sur ce, ses adversaires réunirent un tribunal d'évêques à Césarée de Palestine (334), qu'Athanase ignora purement et simplement. Le synode de Tyr que l'empereur convoqua l'année suivante (335), devant lequel il se présenta d'abord, mais qu'il quitta prématurément pour se rendre à Constantinople, le déposa. L'empereur Constantin rejeta son appel et l'exila à Trêves le 7 novembre 335, peut-être parce que les « eusébiens » l'avaient accusé d'avoir menacé d'utiliser comme moyen de pression les livraisons de céréales égyptiennes indispensables à la capitale, mais certainement parce qu'il se mettait en travers des plans de l'empereur en vue d'une réconciliation avec Arius. À Trèves, Athanase noua de bonnes relations avec l'évêque Maximin, puis aussi avec son successeur Paulin, qui devinrent avec lui, en Occident, les principaux défenseurs de la foi de Nicée.

Antoine, le "père des moines d'Orient" écrivit à l'empereur pour plaider la cause de l'exilé et demander son retour. Ce à quoi Constantin répondit :

"Il n'est pas pensable qu'une assemblée si nombreuse d'évêques éclairés et honnêtes eût agi par haine ou par complaisance (au concile de Tyr), même si quelques uns l'ont fait. Athanase est un insolent, un orgueilleux, un homme de désordre et de discorde."

(Extrait de l'Histoire Ecclésiastique de SOZOMENE. Editions du CERF).

Retour à Alexandrie et deuxième exil à Rome

Mais la roue tourne : en 336, Arius meurt subitement, et le 22 mai 337, c'est le tour de Constantin. L'empire est partagé : à Constantin II la Gaule, l'Espagne et l'Afrique; à Constance l'Orient et à Constant, L'Italie et l'Illyrie (Albanie actuelle). Athanase put rentrer à Alexandrie le 23 novembre 337. Un synode réuni en 338 le réhabilita également du côté ecclésiastique et annula la condamnation du synode de Tyr. Mais le parti adverse, acharné, ne reconnut pas cette réhabilitation et provoqua donc des troubles dans la ville, se plaignit auprès de l'empereur, chercha à couper Athanase de Rome et finalement, début 339, nomma évêque un Cappadocien du nom de Grégoire. Le 18 mars 339 ils chassèrent Athanase, qui se rendit à Rome, où se trouvait également Marcel d'Ancyre. Jules, l'évêque de Rome, décida de réunir un synode auquel il invita également le parti « eusébien », qui refusa parce qu'il voyait là la prétention à une autorité suprême. Le synode réuni en 341 à Rome se prononça pour la reconnaissance et d'Athanase et de Marcel. Ce n'est cependant que cinq ans après que l'empereur Constant imposa le retour des évêques exilés : ce n'est donc que le 21 octobre 346, Grégoire qui occupait son siège étant décédé, qu'Athanase put à nouveau rentrer triomphalement à Alexandrie, après une absence de sept années.

Cependant, ce séjour à Rome d'Athanase eut d'heureuses conséquences : l'Occident fut gagné à la foi nicéenne et le monachisme oriental fut connu à Rome, Athanase s'étant fait accompagner de deux moines égyptiens et pour la première fois on entendit parler de Pachôme et d'Antoine. Pour éteindre les querelles, Athanase nommera de nombreux évêques parmi des anciens mélétiens "réconciliés". C'est au cours de ces 10 années relativement calmes qu'Athanase se consacre à la production littéraire et qu'il écrit entre autres son Apologie contre les ariens.

Troisième exil sous Constance

Mais en 353, L'empereur Constance promulgua l'édit d'Arles, par lequel il exigeait la signature d'une lettre d'évêques orientaux, datant de 347/348, et dans laquelle Photin, Marcel d'Ancyre et Athanase étaient déclarés hérétiques. Les synodes d'Arles (353) et de Milan (355) condamnèrent une nouvelle fois Athanase. Les quelques rares évêques qui avaient refusé de signer (3 sur 300 !) furent contraints à l'exil, notamment Paulin de Trèves et Libère de Rome. "Le seul canon, auraient dit les évêques, c'est la volonté de l'empereur." Athanase est de nouveau traqué; dans la nuit du 8 février 356, il est en prière dans une des églises d'Alexandrie, y célébrant une vigile quand la troupe donne l'assaut :

"J'ordonne au diacre de lire le psaume : "La miséricorde du Seigneur est grande dans les siècles" et je dis au peuple de répondre et de se retirer ensuite chacun dans sa maison. Mais à cet instant, le duc s'élança dans le temple et les soldats assiégèrent de toutes parts le sanctuaire... J'en atteste la suprême vérité, malgré tant de soldats et malgré tous ceux qui entouraient l'église, je sortis sous la conduite du Seigneur et m'échappai sans être vu, glorifiant surtout le Seigneur de ce que je n'avais pas trahi mon peuple et de ce que je l'avais d'abord mis en sûreté... Je fus ainsi miraculeusement sauvé par la Providence."

Athanase se réfugie au désert et à Alexandrie, et, à la demande de l'empereur Constance, qui s'excuse dans ses lettres d'avoir si souvent supporté Athanase, son siège est donné à un arien connu pour sa richesse et son avarice, Georges de Cappadoce (il avait été autrefois dégradé de la prêterise à cause de ses vices). Mais le peuple s'étant révolté contre ses pratiques, il du s'enfuir avant d'être emprisonné puis assasiné, après la mort de Constance le 3 novembre 361.

Son successeur, Julien l'Apostat, ne s'intéressait pas au christianisme. Immédiatement après son retour, Athanase convoqua un synode qui s'occupa du schisme de Mélèce à Antioche, et qui, dans son Tomus ad Antiochenos, posait d'importants jalons pour une théologie trinitaire et pour la christologie. On y acceptait pour la première fois la formulation de trois hypostases en Dieu, on y condamnait la doctrine qui voyait dans l'Esprit saint une créature, séparée de Poix:ria du Christ, et on entreprenait pour la première fois une explication christologique des concepts nicéens de aàpiccoatç (« devenir chair ») et d'èvavOpcôniatç (« devenir homme ») du Fils de Dieu.

Quatrième exil dans le désert d'Egypte

L'empereur Julien réagit, il est vrai, à l'activité efficace d'Athanase et fou furieux, l'exila de nouveau, les paroles prophétiques d'Athanase quand il quitte la ville, le 24 octobre 362 — « Ne vous troublez pas, mes fils, ce n'est là qu'un petit nuage qui aura tôt fait de passer » —ne tardant pas à se réaliser, puisque Julien devait trouver la mort le 26 juin 363, frappé par une flèche dans une bataille contre les Perses. Une nouvelle fois, il se cache dans sa chère Thébaïde, parmi les moines et parmi les Pachômiens, l'abbé Théodore ayant remplacé Pachôme, mort en 346. Jovien, le successeur de Julien, était chrétien : n'avait-il pas annoncé qu'il aurait préféré renoncer à son grade de tribun plutôt que de revenir au paganisme ? Il se hâte donc de redonner la liberté à Athanase et l'invite même en termes flatteurs de venir lui exposer à Antioche la doctrine de la sainte Trinité. Ayant reçu une ambassade arienne qui venait lui demander un nouvel évêque pour Alexandrie, l'empereur répondit : "Adressez-vous à Athanase !".

Cinquième exil (octobre 365-février 366)

Malheureusement, le 16 février 364, Jovien mourut accidentellement et son successeur Valens, un arien de tendance homéenne, publia le 5 mai 365 un édit décrétant le bannissement de tous les évêques (nicéens) rétablis dans leurs fonctions par Jovien. Athanase tenta de résister à nouveau mais doit quitter Alexandrie le 5 octobre 365, avant même l'entrée des soldats de l'empereur. Il se cache dans la banlieu d'Alexandrie et Valens, craignant une révolte du peuple, le rétablit dans ses fonctions par édit impérial le 1er février 366. Pendant les sept dernières années de sa vie, Athanase ne sera plus importuné, même si on incendie son église et qu'un arien, Lucius tente en 367 de s'emparer de l'épiscopat avant d'être expulsé. Ces années furent marquées par des contacts avec Rome et avec Basile de Césarée (à partir de 371), qui reprendra le flambeau comme leader du parti nicéen.

Athanase meurt le 3 mai 373 : il avait fait 46 ans d'épiscopat... et 17 ans d'exil.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."