Saint Jean Chrysostome

Son oeuvre

1. Son oeuvre est considérable en volume, c'est la plus importante de tous les Pères de l'Eglise orientale, seul Augustin en occident, lui étant comparable. Elle comprend des homélies, des traités et des catéchèses baptismales.

Les homélies

Il y a les homélies exégétiques et les sermons de circonstance. Parmi les homélies exégétiques, sont à noter particulièrement celles Sur la Genèse, sur Les Psaumes, Sur Isaïe, Sur Saint Matthieu, dont Thomas d'Aquin a dit qu'il les préférerait à la possession d'une ville comme Paris, les Homélies sur Saint Jean, et Sur les Actes des Apôtres. A noter les très belles homélies Sur l'Epître aux Romains et Sur Les Deux Epitres aux Ephésiens, remarquables également. Elles traduisent l'affinité spirituelle qui unit Jean Chrysostome à saint Paul.

Les saintes Ecritures ne nous ont pas été données pour que nous les laissions dans les livres, mais pour que, par la lecture et la méditation, nous les gravions dans nos coeurs. La loi doit être écrite sur des tablettes de chair, nos coeurs.

Parmi les sermons de circonstance : les 21 Homélies sur les statues, les 2 Homélies sur la disgrâce d'Eutrope, les 12 Homélies contre les anoméens, Sur l'incompréhensibilité de Dieu qui révèle que Jean est aussi un grand théologien. L'anoméisme était une forme antiochienne de l'arianisme, propagée par Eunome : pour lui, rien de plus simple que l'essence divine, rien de plus aisé que de connaître Dieu et lui-même n'en sait rien de plus que nous. Voici la réponse de Jean :

" Tu m'as terriblement étonné... Quand nous admirons la grandeur de la mer et son abîme immense, alors nous admirons terriblement en nous penchant sur sa profondeur. C'est ainsi que le prophète s'étant penché sur l'océan infini et sans fond de la Sagesse divine et, saisi de vertige, ayant admiré terriblement, est pris d'un mouvement de recul." Celui qui connaît vraiment Dieu, comme celui qui connaît vraiment la mer, c'est celui qui en mesure l'immensité, l'infini, l'insaisissable.

La liturgie est le moment privilégié où doit s'exprimer cette adoration :

"L'homme se tient alors près du trône de gloire et il chante l'hymne très saint -cri rempli de terreur sacrée- aussi doit-il se tenir devant Dieu dans la terreur et le tremblement."

" Le moment (kairos) de la messe où les hommes s'unissent à la liturgie des anges et où Dieu se manifeste est rempli d'une grande terreur."

Le Traité du Sacerdoce

C'est l'ouvrage le plus répandu de Jean, que Jérôme avait déjà lu en 392, inspiré de l'Oratio II de Grégoire de Naziance. Il est divisé en 6 livres, sous la forme d'un dialogue littéraire avec un certain Basile : quand celui-ci accepte l'épiscopat, Jean recule devant la dignité et la responsabilité de la fonction et le dialogue s'engage parce que Jean doit justifier son comportement. Après une première partie sur la preuve de l'amour du Christ dans la vocation, le livre II aborde les difficultés et les dangers du ministère presbytéral et épiscopal. Les livres III à IV brossent un tableau grandiose des tâches du prêtre et de la façon de s'en acquitter convenablement : protection des vierges et des veuves, exercice de la justice, annonce de la parole de Dieu, défense de la foi, responsabilité à l'égard des autres, y compris de leurs fautes.

"Qu'il s'agisse de punitions à infliger, qu'il s'agisse de grâces à distribuer, les prêtres ont reçu de Dieu un plus grand pouvoir que nos parents dans l'ordre de la nature. Entre les uns et les autres la différence est aussi grande qu'entre la vie présente et la vie future.
Nos parents nous engendrent à la première, les prêtres à la seconde. Ceux-là ne sauraient préserver de la mort corporelle, ni éloigner la maladie qui survient; ceux-ci guérissent souvent l'âme malade et qui va périr; tantôt ils adoucissent la peine due au péché, tantôt ils préviennent même la chute, par l'instruction et l'exhortation comme par le secours de leurs prières. Ils ont le pouvoir de remettre les péchés lorsqu'ils nous régénèrent par le baptême, et ils l'ont encore après. Quelqu'un, dit l'apôtre saint Jacques, est-il malade parmi vous, qu'il appelle les prêtres de l'Eglise; qu'ils prient sur lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur: et la prière de la foi sauvera le malade, et Dieu le soulagera; et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis. (Jc 5,14 Jc 5,15)
Enfin les parents selon la nature ne peuvent rien pour leurs enfants, lorsqu'il arrive à ceux-ci d'offenser quelque prince, quelque puissant de ce monde. Les prêtres les réconcilient, non avec les princes et les rois, mais avec Dieu souvent irrité contre eux."

Alors que le moine n'a le souci que de son propre salut, le prêtre, responsable de la communauté, a besoin d'une plus grande instruction, d'un plus grand zèle et d'une plus grande vertu. C'est pourquoi les châtiments encourus sont plus grands s'il manque à ses devoirs.

"Il faut que l'âme du prêtre soit plus pure que les rayons du soleil, afin que le Saint-Esprit y fasse sa constante demeure, et qu'il puisse dire: Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ gui vit en moi (Ga 2,20) Si ceux qui habitent le désert, loin de la ville, de la place publique et de leurs agitations tumultueuses, et dont la vie flotte pour ainsi dire sur des eaux toujours abritées et toujours tranquilles, ne sont jamais sans défiance malgré la sûreté d'une telle vie; si, au contraire, ils multiplient les précautions, s'environnant de tous les moyens de défense, observant une règle très sévère, soit dans leurs paroles, soit dans leurs actions, afin de pouvoir s'approcher de Dieu avec toute la confiance et la pureté dont la faiblesse humaine est susceptible, de quelle vertu, de quelle force ne faut-il pas qu'un prêtre soit doué pour préserver son âme de toute souillure, et conserver pure et sans tache sa beauté spirituelle?
Il a besoin d'une sainteté bien supérieure à celle des solitaires. Beaucoup plus exposé qu'eux à toutes sortes de nécessités dangereuses, il ne sauvera la pureté de son âme que par une vigilance continuelle et une grande fermeté. Un beau visage, des mouvements voluptueux, une démarche étudiée, une voix mélodieuse, des yeux et des joues dont l'éclat, naturel est encore relevé par des couleurs appliquées avec art, d'élégantes tresses de cheveux habilement teints, de riches vêtements, de l'or prodigué sous toutes les formes, des diamants étincelants, des parfums d'une odeur exquise, tant d'artifices que les femmes savent si bien mettre en oeuvre, tout cela n'est que trop capable de troubler l'âme, à moins de s'être endurci par les laborieux exercices de la tempérance. L'émotion que tout cela peut causer n'a rien qui étonne. Mais que le démon réussisse quelquefois à blesser, par des moyens tout contraires, les coeurs des hommes, voilà, certes, une chose bien surprenante et presque inconcevable.
"

Les catéchèses baptismales

Les onze catéchèses baptismales datent de l'époque antiochienne. Elles servent à la préparation au baptème et sont l'occasion pour Jean de rappeler les notions de pénitence, de foi trinitaire contre les interprétations erronées des ariens et des sabelliens, et le sens de l'eucharistie.

On trouvera sur ce site de l'AEEPE un nombre important d'Homélies de Saint Chrysostome, en texte intégral, dans la traduction de l'abbé Jean-François Bareille.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."