Saint Jean Chrysostome

Sa vie

1. Jean est né à Antioche en 344. Ses parents étaient chrétiens. Son père, Secondus, est un haut fonctionnaire, mais meurt peu après sa naissance. Sa mère, Anthousa, très pieuse, est grecque. Devenue veuve à 20 ans, elle perd aussi sa fille ainée et se consacre alors à l'éducation de son fils unique.

Après avoir suivi le cursus habituel des études, Jean étudie sous la direction du célèbre rhéteur Libanios, païen convaincu mais comblé d'honneur par les empereurs. Un jour, devenu vieux, celui-ci aurait répondu à quelqu'un qui lui demandait qui il souhaitait avoir pour successeur : "Jean... Mais les chrétiens me l'ont enlevé !". En 369 il reçoit le baptème. Il faut mentionner parmi ses condisciples d'étude à Antioche Théodore de Mopsueste. En 370 il est ordonné lecteur par Mélèce, évêque d'Antioche. La même année, Basile le Grand est élu évêque à Césarée de Cappadoce. En 372 il entre dans l'Askétérion, de Diodore de Tarse : il y étudie l'exégèse "antiochienne", y approfondit la vie spirituelle et y assume l'office de lecteur.

En 374 Jean, épris de perfection, s'enfuit au désert malgré ses préventions : "Je me demandais d'où me viendraient les provisions nécessaire, s'il me serait possible de manger du pain frais du jour, si on ne m'obligerait pas à me servir de la même huile pour ma lampe et pour ma nourriture, si on ne me réduirait pas au pauvre régime des légumes et si on ne m'obligerait pas à un travail pénible comme de bêcher, de porter du bois et de l'eau et de faire toutes sortes de travaux de ce genre : je me souciais beaucoup de tout ce qui est confortable." Pendant 4 ans, il mène cette vie cénobitique puis passe ensuite 2 ans en solitaire. Son austérité est effrayante et sa santé en demeurera marquée. C'est dans cette condition qu'il apprend quasiment par coeur les Ecritures, ce qui lui donnera par la suite cette aptitude exceptionnelle aux références et citations pertinentes dans ses discours, démontrant la cohérence et l'unicité des textes. Cette expérience du désert lui fait aussi comprendre le sens de sa vocation : désormais son idéal est d'associer à la vie monastique la vie apostolique au service de l'Eglise.

En 380, Jean revient à Antioche où il devient diacre en 381. Cette fonction de diacre correspondait plutôt à celle d'un vicaire général : il a surtout la responsabilité de services caritatifs et sociaux au bénéfice des pauvres, veuves, vierges et orphelins. Il le reste 5 ans avant de recevoir la prêtrise des mains de l'évèque Flavien. On lui confie la charge de prédicateur : "La prédication me guérit : dès que j'ouvre la bouche pour prêcher, toute fatigue est vaincue." Il prononce sa première homélie le jour de son ordination et elle fut transcrite et conservée. On en conservera 700 autres.

En 387, les contribuables mécontents de l'augmentation des impôts renversent et brisent les statues de l'empereur Théodose, de l'impératrice défunte et des deux jeunes princes Arcadius et Honorius. En ce carême de panique, Jean prononce 19 homélies et calme le peuple tandis que l'évêque Flavien se rend à Constantinople implorer la grâce de la malheureuse cité d'Antioche. Depuis cette date, Jean est reconnu par tous comme la grande voix de l'Orient. Après de nombreuses intrigues pour désigner un évêque à Constantinople, Eutrope, conseiller à la cour, désigne Jean qui est littéralement enlevé pour recevoir la consécration épiscopale le 26 février 398 : le gouverneur d'Antioche, Asterius, donne rendez-vous à Jean, sans lui dire pourquoi, devant la porte de la ville ; il le fait monter dans une voiture toute prête et lui apprend ensuite sa nomination au siège épiscopal de la capitale. Nectaire, qui avait succédé à Grégoire de Naziance à ce poste pendant 16 ans était un "fin politique" qui arrangeait beaucoup de choses mais au prix d'un certain laxisme entre le clergé et le peuple. C'est dans cette situation qu'arrive Jean et il n'a pas les mêmes "égards" pour la politique, le pouvoir ou la richesse. Sans se soucier des réactions, il entreprend de réformer son diocèse d'après les seuls critères de l'Evangile, en réduisant notamment le train de vie de l'Evéché, vendant ses biens au bénéfice des pauvres, des malades, des voyageurs; avec l'aide de femmes pieuses, comme Olympia, il réorganise le diaconat des femmes et les associations de veuves et surtout proclame ouvertement dans ses sermons les principes de la vie chrétienne, même s'il doit aller jusqu'à critiquer des membres de la cour impériale, ou ceux qui, comme à Antioche, négligent la fréquentation de l'église pour assister aux jeux du cirque très populaires à l'époque...

En 399, Eutrope entre en disgrâce et se réfugie auprès de l'autel, protégé par Jean qui prononce à cette occasion ses Deux Homélies sur Eutrope en insistant sur le droit d'asile de l'Eglise. Il lui sauve momentanément la vie, mais ne pourra empêcher peu après sa décapitation.

En 402, Isidore d'Alexandrie et les "Longs frères", moines accusés d'origénisme, fuient l'Egypte et viennent se placer sous la protection de Jean de Constantinople contre l'évêque Théophile d'Alexandrie. Bien qu'il n'aspirât à rien d'autre qu'à un examen impartial et un jugement équitable, il se fait de Théophile un ennemi acharné : ce dernier se venge en obtenant de réunir en 403 près de Chalcédoine le Synode du Chène qui invite Jean à venir s'expliquer mais celui-ci de se présente pas, sachant sa condamnation d'ores et déjà décidée. Il est donc condamné à l'exil. Mais peu de temps après, il est rappelé par l'impératrice Eudoxie, qui, suite à une fausse couche, est effrayée par cet incident qu'elle interpréte comme un châtiment divin. Deux mois plus tard, nouvelle menace : on a fêté avec un luxe effréné l'inauguration d'une statue de l'impératrice et Jean a dit dans son homélie : "De nouveau Hérodiade fait rage, de nouveau elle s'emporte, de nouveau, elle danse, de nouveau elle demande à recevoir la tête de Jean sur un plateau !";

A Pâques 404 l'empereur Arcadius lui donne l'ordre de quitter la ville. Jean s'y refuse, mais ne pouvant plus entrer dans la cathédrale, il célèbre la liturgie baptismale de la nuit de Pâques dans les thermes de Constantin. La troupe fait alors irruption et interrompt violemment la cérémonie. Le 9 juin 404, l'empereur signe le décret qui exile Jean à Cucuse en Arménie où il demeure pendant 3 ans. Mais il continue néanmoins ses exhortations, 240 lettres datent de cet époque, Cucuse devient un lieu de pélérinage ! Aussi, pour tarir définitivement son influence, ses adversaires obtiennent de l'exiler à Pityonte, sur la rive nord de la mer Noire mais il meurt d'épuisement pendant le voyage le 14 septembre 407. Il demande, sentant la mort venir, d'être revêtu de blanc (foi en la résurrection) et prononce ses paroles habituelles de fin d'exhortation : "Gloire à Dieu pour toutes choses."

Le pape Innocent, à qui Jean en avait appelé sans succès dans deux lettres, obtient en 412 sa réhabilitation et en 438 ses restes sont transférés solennellement dans l'église des Apôtres de Constantinople. En 451, le concile de Chalcédoine proclame Jean Docteur de l'Eglise. Depuis le 1er mai 1626, il repose dans la chapelle du choeur de Saint Pierre de Rome. L'Eglise occidentale le vénère depuis 1568 comme l'un des "quatre grands docteurs de l'Eglise d'Orient".

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."