Saint Basile

Sa vie

Cette biographie doit beaucoup à l'ouvrage de Hubertus DROBNER : "Les pères de l'Eglise : sept siècles de littérature chrétienne".

1. Basile le Grand, son plus jeune frère, Grégoire (de Nysse) et son condisciple et ami Grégoire (de Naziance), se sont vus décerner le titre de "grands cappadociens" en raison de l'importance exceptionnelle de leur oeuvre, pour la théologie et pour l'Eglise. Ils faisaient partie d'une élite dirigeante de l'Eglise, nouvellement constituée après ce qu'on a appelé le "tournant constantinien" au cours du IVè siècle.

Elle se recrutait dans des familles qui non seulement confessaient la foi chrétienne depuis plusieurs générations mais qui avaient aussi contribué à donner forme à la vie de l'Eglise. Ils avaient bénéficié d'une formation scolaire remarquable, ce qui les prédestinait aux carrières officielles classiques de rhéteurs, d'avocats ou d'hommes d'Etat.

Le grand-père maternel des deux frères, Basile et Grégoire, avait subi le martyre lors de la persécution de Dioclétien. Leur grand-mère maternelle, sainte Macrine l'Ancienne, avait été élève de Grégoire le Thaumaturge, le célèbre évêque de Néocésarée, en l'honneur duquel son petit-fils, Grégoire de Nysse, sans doute prénommé Grégoire en l'honneur de lui, prononça vers 380, un panygérique. Pendant la persécution, elle avait été contrainte de "prendre le maquis" avec son mari, durant sept ans. Son père, saint Basile l'ancien, riche propriétaire foncier, était rhéteur à Néocésarée, sa mère, sainte Emmelie, était issue, elle aussi, d'une riche famille cappadocienne. Son frère était évêque.

Outre Basile et Grégoire, trois autres membres de cette fratrie, qui en comptait dix, choisirent la vie ecclésiastique ou ascétique: leur soeur ainée, sainte Macrine la jeune, qui a exercé une grande influence sur le cours de la vie de ses deux frères; Naucriatos, mort prématurément, et leur plus jeune frère, saint Pierre, évêque de Sébaste.

Les grands Cappadociens renoncèrent tous les trois à leur carrière profane, non pas pour une carrière ecclésiastique, mais pour suivre le Christ de façon radicale, en s'adonnant à une vie ascétique et solitaire. Tous trois furent cependant appelés à l'épiscopat, parce que, en raison de leurs origines et de leur formation, ils étaient capables, non seulement de mener une carrière politique, mais aussi de diriger une Eglise et ce d'autant plus qu'à partir de la seconde moitié du IVè siècle, les évèques assumaient de plus en plus des fonctions administratives officielles.

Saint Basile est né vers 329/330. Il suivit l'école de son père pour les connaissances techniques, mais doit sa formation chrétienne à sa grand-mère Macrine : élève de Grégoire le Thaumaturge, disciple d'Origène et évangélisateur de la Cappadoce. Après avoir fréquenté l'école de rhétorique de Césarée, où il rencontra pour la première fois Grégoire de Naziance, il fréquenta les écoles et les maîtres les plus réputés de son temps : Libanios à Constantinople, et l'académie d'Athènes, où il suivit les leçons des célèbres rhéteurs Prohairesios et Himerios, fit la connaissance du futur empereur Julien. A son retour d'Athènes, Basile occupa une chaire de rhétorique à Césarée, mais il abandonna rapidement cette activité pour se consacrer entièrement à un mode de vie ascétique et une vie chrétienne radicale. Il reçut le baptème, fut ordonné lecteur, vendit tous ses biens et, avec le bénéfice de la vente, constitua un fonds pour venir en aide aux pauvres.

Après un voyage de formation pour étudier les centres monastiques de Syrie, de Mésopotamie, de Palestine et d'Egypte, il s'installa avec sa mère Emmelie, sa soeur Macrine et son frère Naucratios dans une propriété familiale dans la province du Pont. Une communauté monastique se regroupa autour de lui, qui servira de modèle à d'autres fondations. Il y rédigea ses 2 premières règles qui jetèrent les bases de son activité comme "père du monachisme oriental". En collaboration avec Grégoire de Naziance, il travailla aussi à la Philocalie, une anthologie des textes d'Origène. Il mène avec ses compagnons la vie cénobitique conforme à l'idéal évangélique, organisant une vie de prière, d'étude et de travail manuel.

De par ses convictions, Basile se range dans la catégorie des Homoïousiens qui sont en faveur du concile de Nicée alors que la politique religieuse homéenne de l'empereur Valens s'oppose à cette conception; ordonné prêtre en 364, il prend de fait la direction de l'évéché à la place de l'évêque Eusèbe qui n'était pas à la hauteur dans une situation aussi difficile, et entreprend de réaliser les deux objectifs qui vont l'occuper jusquà sa mort : la lutte contre la politique étatique, homéenne, et l'accord des églises orientales avec Nicée et avec Rome. En 368 la famine désole la Cappadoce : Basile vend ses terres et distribue des vivres au peuple

En 370, il succède à Eusèbe sur le siège épiscopal de Césarée et devient ainsi le métropolite de la province de Cappadoce et l'exarque du diocèse politique du Pont. Le panygérique de Grégoire de Naziance a fait l'éloge de sa résistance face à l'empereur arien qui voulait le contraindre à adopter la ligne homéenne.
A l'Epiphanie 372 se place le célèbre entretien où Basile s'oppose au préfet Modeste qui exige, au nom de l'empereur, qu'il renonce à la foi de Nicée et répudie le terme "consubstantiel" :

- Tu ne suis pas la religion de l'empereur !
- Mon Empereur à moi me le défend.
- Tu ne crains pas mon pouvoir ?
- Que peux-tu ?
- J'ai le choix des moyens : confiscation, déportation, torture, mort !
- Rien de plus ? Cela me laisse indifférent !
- Personne n'a osé me parler si librement.
- C'est que tu n'as sans doute jamais rencontré un évêque !

(Grégoire de Naziance, discours 43)

Il doit néanmoins accepter un partage de la Capadocce et donc une réduction de la province écclésiastique, qu'il compense en multipliant les sièges épiscopaux confiés à des frères des parents et des amis (Grégoire de Naziance à Sasime, son frère Grégoire à Nysse et Amphiloque à Iconium).

On a fait à peu près comme celui, qui, ayant un cheval ou un boeuf le couperait en deux et s'imaginerait alors en avoir deux au lieu d'un ! Loin d'en avoir deux, il détruirait alors le seul qu'il posséderait ! (Lettre 74 de Basile).

Son principal souci après la mort d'Athanase en 373, sera la consolidation de la communion écclésiale avec Rome, en mettant un point final, notamment, au schisme d'Antioche. En 374 il inaugure le quartier episcopal cité de la charité (hospice, hôtellerie, léproserie), qui fut nommé au Vème siècle la Basiliade. Basile fut condamné dans sa foi, le pape Damase le soupçonnant d'hérésie : "La dépression que tout ceci m'occasionne est la cause principale de mon mauvais état de santé. Mon indisposition revient continuellement en raison de l'excès de ma peine" (Lettre à Eusèbe de Samosate). C'est pour se défendre qu'il écrit le Traité du Saint Esprit.

En 378 l'empereur Valens meurt et la fin de la tyrannie arienne approche. Basile meurt peu après, le 1er janvier 379.

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."