Saint Basile

Sur le renoncement

Extrait de l'Homélie sur les Grandes Règles, 8è question

1. 

Nécessité du renoncement

Après avoir beaucoup enseigné et arès avoir confirmé son enseignement par de nombreuses actions, notre Seigneur Jésus-Christ dit à tous : "Si quelqu'un vient à moi, qu'il se renonce soi-même, qu'il prenne sa croix et me suive." (Matth. 16;24). Et encore : "Ainsi quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple "(Luc 14;33). Nous croyons que cet avertissement vise plusieurs choses dont il est nécessaire de nous séparer. Et avant tout nous renonçons au diable et aux affections charnelles, nous qui avons répudié les passions honteuses, la parenté selon la chair, les amitiés humaines et toute pratique contraire à la perfection de l'Evangile du salut. Mais plus nécessaire encore que tout cela, il renonce à lui-même, celui qui a dépouillé avec ses oeuvres le vieil homme (Coloss. 3;9), corrompu par de trompeuses convoitises. Il renonce aussi à toutes les affections du monde, qui le pouvaient détourner du but de la piété.

2. 

Etendue du renoncement

Un tel homme reconnaîtra donc pour véritables parents ceux qui l'ont engendré par l'Evangile dans le Christ Jésus (I Cor. 4;15), pour frères ceux qui ont comme lui reçu l'Esprit des fils d'adoption (Rom. 8;15); il usera de tous les biens comme de choses étrangères, ce qu'ils sont en effet. En un mot, celui pour qui le monde entier est crucifié et qui l'est au monde par le Christ (Gal. 6;14), comment peut-il avoir encore part aux préoccupations du monde, alors que Notre Seigneur Jésus-Christ nous invite à avoir pour notre vie une haine profonde et à nous renoncer nous-mêmes lorsqu'il dit : "Si quelqu'un veut venir après moi qu'il renonce soi-même et qu'il prenne sa croix", ajoutant alors : "et me suive" (Matth. 16;24). Et encore : "Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et ses soeurs, et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple" (Luc 14; 26). Ainsi le parfait renoncement consiste à n'avoir ni attache ni inclination pour la vie même, et à porter en nous l'arrêt de notre mort, de telle sorte que nous ne mettions pas en nous notre confiance (2 Cor. 1;9).

3. 

Le détachement des biens extérieurs

Le renoncement commence par le détachement des choses extérieures, telles que biens, vaine gloire, genre de vie, affections aux choses inutiles, ainsi que nous l'ont appris par leur exemple les saints disciples du Seigneur, Jacques et Jean, lorsqu'ils abandonnèrent leur père Zébédée et leur barque d'où dépendait leur subsistance (Marc 1; 18-20) et Matthieu, lorsqu'il se leva de son bureau de publicain pour suivre le Seigneur (Matth. 9;9). C'était non seulement renoncer aux gains de son emploi, mais encore dédaigner les dangers qu'il courait, lui et sa parenté, de la part des magistrats, du fait qu'il avait abandonné son bureau sans en arrêter les comptes. Et Paul, pour qui le monde était crucifié, et lui au monde (Gal. 6;14).

4. 

Pour suivre le Christ

Ainsi celui que possède l'ardent désir de suivre le Christ, ne peut désormais s'arrêter à rien qui touche cette vie, ni à l'amour des parents et des proches, qui est contraire aux volontés du seigneur, - et alors se réalise cette parole : "Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère etc. (Luc 14;26); - ni à la crainte des hommes, en sorte qu'elle ne puisse nous faire abandonner rien de ce qui nous est avantageux, - ce que réalisèrent les Saints qui disaient : "Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes (Act. 5;29); - ni enfin aux ricanements que provoquent ses bonnes oeuvres chez les profanes : il ne se laisse pas vaincre par leur mépris.

Mais qu'est-il besoin de confirmer ce que nous disons par nos raisonnements et les exemples des saints, alors qu'il est loisible de citer les paroles mêmes du Seigneur et d'émouvoir par elles l'âme pieuse et craignant Dieu. Par elles il nous signifie clairement et sans contestation possible : "Ainsi donc quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple" (Luc 14;33). Et ailleurs, après avoir dit d'abord : "Si tu veux être parfait, va, vends tes biens et donne-les aux pauvres" il ajoutait : "Viens, suis-moi" (Matth. 19;21).

5. 

En nous affranchissant de la terre

Le renoncement est donc, comme nous l'avons montré, une rupture des liens de cette vie terrestre et passagère, un affranchissement des affaires humaines, qui nous rend plus aptes et plus résolus à entrer dans la voie qui mène à Dieu. Il est un moyen facile d'acquérir des biens beaucoup plus précieux que "l'or et les pierres du plus grand prix" (Ps. 18;11), et d'en user. En un mot, c'est ce passage du coeur humain à une vie céleste, qui nous permet de dire : "Pour nous, notre cité est dans les cieux" (Phil. 3;20). Mieux encore, c'est un commencement de ressemblance avec le Christ, qui étant riche s'est pour nous fait pauvre (1 Cor. 8;19).

En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit et il rendit ce témoignage :"Amen amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera."